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Esso-Wavana Ahmed Adoyi à la jeunesse togolaise : « le savoir, la connaissance, tout se trouve dans le livre »

Invité d’honneur des Prix Littéraires du Togo 2025, l’expert fiscaliste et poète Esso-Wavana Ahmed Adoyi a accordé une interview à auxnouvelles.tg. L’auteur de « Du brin à la graine » partage sa vision de la littérature et lance un cri d’alarme sur l’état de la lecture au Togo.

Auxnouvelles.tg : Monsieur Adoyi, vous êtes l’invité d’honneur de l’édition 2025 des Prix Littéraires du Togo. Comment vivez-vous cette reconnaissance ?

Esso-Wavana Ahmed Adoyi : Cet événement est vraiment à saluer. Vous savez, les salons poursuivent souvent d’autres objectifs que la seule promotion de la littérature, mais cette initiative mérite d’être encouragée. J’ai été honoré d’être l’invité d’honneur et j’ai eu l’occasion de partager mes expériences avec l’assistance, surtout avec la jeunesse. J’en suis très heureux. Cela me donne encore plus de force et l’envie de continuer à appartenir à cette famille des écrivains, car je me dis qu’en écrivant, je partage ma vie et mes talents avec le monde entier.

Colonel des Forces Armées Togolaises, Expert en administration fiscale et en gouvernance économique avec plusieurs années d’expérience au service de la nation, comment vous définissez-vous ?

Je me définis comme un homme prêt à servir, surtout en ce qui concerne la jeunesse. C’est la raison pour laquelle, malgré mes diverses préoccupations, je reste toujours disponible et je ne cesse de partager mes connaissances. Je suis enseignant depuis 2004. J’ai enseigné dans des universités privées et j’enseigne actuellement à l’Université de Lomé. Donc en résumé, ma vie, c’est le partage.

Votre recueil « Du brin à la graine » comprend une soixantaine de poèmes écrits dans un style accessible. Pourquoi avoir fait ce choix d’accessibilité ?

C’est un cahier ouvert à la jeunesse. J’ai voulu que mes poèmes véhiculent des valeurs tant éducatives qu’instructives. L’intérêt de la littérature, c’est d’abord de transmettre. Il faut savoir qu’il y a tout dans le livre. Le savoir se trouve dans le livre. Tout ce que nous vivons aujourd’hui a déjà été écrit quelque part.Quand je vous donne l’exemple de La Fontaine, que j’ai beaucoup lu : La Fontaine utilisait des animaux comme personnages, mais il transmettait des messages très édifiants qui nous ont formés. Ces expériences-là, il faut que nous aussi, à travers nos plumes, nous partagions nos propres expériences avec l’humanité. C’est l’œuvre la plus importante que l’on puisse laisser lorsqu’on quittera cette terre.

Vous qui évoluez dans le domaine de la fiscalité, comment conciliez-vous ces deux univers : les chiffres et la poésie ?

Les deux domaines ne sont pas incompatibles. Au contraire, ils se complètent. La rigueur de la fiscalité nourrit la précision de l’écriture, et la poésie m’apporte cette sensibilité nécessaire pour comprendre l’humain derrière les dossiers. Écrire me permet de partager une autre facette de mon expérience, celle qui touche à l’éducation, aux valeurs, à la formation de la jeunesse.

Justement, quel regard portez-vous sur l’état de la littérature togolaise aujourd’hui ?

Franchement, je peux dire que l’écrivain togolais n’est pas très, très encouragé. Moi-même qui ai écrit pas mal de livres, rarement des gens en achètent. Le Togolais n’aime pas lire. Le Togolais n’aime pas lire. Alors que le savoir, la connaissance, tout se trouve dans le livre.C’est en lisant qu’un enfant peut apprendre à devenir quelqu’un de bien. L’éducation des parents ne suffit pas. Il faut lire.

Et il faut lire quoi ?

Les bonnes œuvres, celles qui peuvent former l’esprit pour qu’un enfant devienne un grand homme demain.

Cette culture de la lecture fait donc défaut selon vous ?

Absolument. Le grand homme de demain, ce ne sont pas les titres, c’est le comportement, les relations humaines, la vie avec les autres, le courage, la patience, l’humilité, la recherche permanente de l’excellence. C’est cela qui forme un enfant.

Et où peut-il trouver tout cela ?

Aujourd’hui, nous les parents, nous n’avons plus beaucoup de temps pour en parler à nos enfants. Nous devons déjà faire notre propre travail. Mais si le livre peut vraiment contribuer à éduquer nos enfants, alors les enfants doivent retrouver le chemin de la lecture pour pouvoir écrire de belles choses.

Vous pointez aussi du doigt l’impact d’Internet sur l’écriture des jeunes

Oui, parce qu’avec Internet, les enfants écrivent n’importe comment, alors que ce n’est pas une bonne chose. L’enfant qui veut réussir, que ce soit en médecine, en philosophie ou dans toutes les matières, s’il n’a pas un bon bagage de connaissances en grammaire, en orthographe et en vocabulaire, il risque vraiment de perdre des points.Le livre reste irremplaçable. C’est là que se forge la pensée structurée, la capacité d’analyse, la richesse du vocabulaire. Sans cette base solide, nos jeunes seront toujours en difficulté, peu importe le domaine qu’ils choisiront.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux jeunes lecteurs et aux futurs écrivains togolais ?

Retrouvez le chemin du livre. Lisez les grandes œuvres, celles qui forment l’esprit et le caractère. Et pour ceux qui veulent écrire, sachez que vous laissez une trace. En écrivant, vous partagez votre vie, vos talents avec le monde entier. C’est une responsabilité, mais aussi un privilège immense.

Il faut continuer à écrire malgré le manque d’encouragement. Il faut persévérer. Car la littérature n’est pas qu’un divertissement, c’est un outil de formation, de transmission, de préservation de notre patrimoine culturel et de nos valeurs.

Propos recueillis par auxnouvelles.tg

Centre Togolais des Expositions et Foires (CETEF), 20 décembre 2025

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Raphael Koffi AZIAMADJI

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