Au Togo, manger sainement coûte trop cher : le PAM et ses partenaires cherchent des solutions

1 814 francs CFA. C’est le minimum qu’un ménage togolais doit dépenser chaque jour pour s’alimenter correctement sur le plan nutritionnel. Une somme qui paraît modeste, mais qui reste hors de portée pour la moitié des familles du pays. C’est l’un des enseignements majeurs de l’étude « Fill the Nutrient Gap (FNG) — Combler le déficit en nutriments — », dont les résultats ont été soumis à validation ce jeudi 30 avril 2026 à Lomé, lors d’un atelier national organisé par le gouvernement togolais avec l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM) et de la coopération allemande, à travers la KfW.
L’atelier qui a réuni les principaux acteurs institutionnels des secteurs de la santé, de l’agriculture, de la protection sociale et de l’éducation, ainsi que les partenaires techniques et financiers, visait à consolider les résultats initiaux de l’étude et à identifier des scénarios concrets de modélisation pour renforcer les politiques et stratégies multisectorielles en matière de nutrition.

Les données présentées lors de l’atelier sont parlantes. Une alimentation simplement énergétique coûte 1 114 francs CFA par ménage (de cinq personnes) et par jour. Passer à une alimentation nutritive qui répond aux besoins réels de l’organisme fait grimper la facture à 1 814 francs, soit 1,6 fois plus. Quant à une alimentation pleinement saine, elle coûte 2 600 francs CFA par jour, un niveau inaccessible pour une large fraction de la population.
La carte présentée en séance est tout aussi révélatrice : 50 % des ménages togolais n’ont pas les moyens d’accéder à une alimentation nutritive. La région des Savanes, au nord, affiche le taux le plus préoccupant avec 79 % des ménages dans l’incapacité financière de se nourrir correctement, loin devant Kara (42 %), la Centrale (53 %) ou encore les Plateaux-Ouest (33 %). Ce n’est pas une question de volonté : c’est une question de moyens.
L’étude pointe également un paradoxe des marchés togolais : la diversité alimentaire y existe bel et bien, mais les aliments d’origine animale : poissons, viandes, produits laitiers, sources essentielles de protéines et de micronutriments restent beaucoup trop chers pour la majorité des ménages, les rendant structurellement absents des assiettes les plus pauvres.
Un tableau clinique préoccupant
Derrière ces chiffres économiques, la réalité sanitaire est lourde. Selon les données compilées dans l’étude, 332 147 personnes, soit 5,1 % de la population, seront exposées à des déficits alimentaires sévères durant la période de soudure de juin à août 2026. Le retard de croissance frappe 23,8 % des enfants de moins de 5 ans, la malnutrition aiguë touche 5,7 % d’entre eux, et le petit poids à la naissance concerne 11 % des nouveau-nés. L’anémie, elle, atteint 52 % des femmes en âge de procréer et 74 % des enfants de 6 à 59 mois — un taux vertigineux. À l’autre extrémité du spectre nutritionnel, 30 % des femmes de 15 à 49 ans sont en surpoids ou obèses, révélant le double fardeau nutritionnel qui caractérise désormais de nombreux pays en développement.
Un outil au service de la politique publique
Lancée en juillet 2025 et conduite sur plusieurs mois de collecte de données sur les marchés et d’analyses techniques, l’étude FNG se distingue par son approche systémique. Elle ne se contente pas de mesurer les carences : elle interroge l’ensemble de la chaîne alimentaire, de la production agricole à la protection sociale, en passant par les politiques de prix, l’accès aux marchés et les comportements alimentaires des ménages.

« (…) L’approche FNG va bien au-delà d’un simple diagnostic. Elle constitue une base stratégique, factuelle et opérationnelle, indispensable pour : orienter les politiques publiques fondées sur l’évidence, prioriser les investissements nutritionnels à fort impact, et renforcer la cohérence et l’efficacité des interventions multisectorielles », a déclaré le Dr Moïse Ballo, Représentant résident et Directeur pays du PAM au Togo.
Parmi les leviers identifiés figurent l’optimisation des paniers alimentaires adaptés aux groupes les plus vulnérables : enfants de moins de 5 ans, femmes enceintes et allaitantes, enfants d’âge scolaire ; le renforcement des chaînes de valeur locales d’aliments à haute valeur nutritionnelle ; l’intégration de la nutrition dans les mécanismes de protection sociale, et le développement de politiques de fortification alimentaire fondées sur des données probantes.
Les cantines scolaires, souvent perçues comme de simples programmes de distribution de repas, ont été réhabilitées dans leur véritable rôle : celui d’investissements dans le capital humain.
Pour le gouvernement togolais et ses partenaires, l’enjeu de cet atelier de validation dépasse la seule confirmation des chiffres. Il s’agit de transformer ces données en feuille de route politique. Les résultats validés doivent s’intégrer dans les stratégies sectorielles existantes pour orienter les investissements publics, guider les arbitrages budgétaires et éclairer les décisions en matière d’agriculture, de santé, d’éducation et de protection sociale.
« Les résultats que nous nous apprêtons à valider aujourd’hui constituent un outil précieux de plaidoyer et de planification. Ces données nous permettront d’identifier les barrières réelles à une alimentation adéquate et de proposer des solutions adaptées au contexte spécifique de chacune de nos régions. Elles nous offrent les arguments nécessaires pour orienter nos politiques publiques vers l’atteinte de l’Objectif de développement durable n°2 — Faim zéro — d’ici 2030 », a lancé la représentante du ministère de la Santé, Dr Madeleine Tchandana à l’ouverture de l’atelier.
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