Faure Gnassingbé : « Un continent qui représente 28% des États membres de l’ONU… n’a toujours pas de siège permanent au Conseil de sécurité… c’est une aberration »

Lomé accueille depuis ce lundi 8 décembre 2025 le 9ᵉ Congrès panafricain autour du thème : « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales ». Les travaux de cette rencontre historique ont été officiellement lancés par le Président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, en présence de la Vice-présidente de la République de Colombie.
Ce congrès rassemble des représentants d’États africains et caribéens, des diplomates, des universitaires, des intellectuels panafricanistes, des représentants de la société civile, des leaders de la diaspora et des experts.
Dans ses mots de bienvenu, le ministre togolais des Affaires étrangères, Prof. Robert Dussey a rappelé que le congrès panafricain de Lomé est avant tout une plateforme stratégique pour penser la souveraineté africaine « à l’heure où les institutions internationales sont accusées de refléter un ordre hérité de l’après-Seconde Guerre mondiale, profondément déséquilibré ».
Dans un discours d’ouverture, le Président du Conseil Faure Gnassingbé a posé les jalons d’un panafricanisme renouvelé, ancré dans l’action et tourné vers l’avenir.
« Pendant des siècles, nos peuples ont été dispersés, réduits au silence, orphelins de leur propre voix dans le concert des nations. Pourtant, nos peuples ont résisté, ils ont crié, ils ont reconstruit le monde, emportant l’Afrique dans leurs mémoires, dans leurs luttes, dans leurs arts », a-t-il déclaré.
« Près d’un siècle après le premier congrès panafricain, voici que l’Afrique et sa diaspora se retrouvent à nouveau, debout, réunies, conscientes de leur puissance et de leur unité. Ce neuvième congrès arrive à un moment où l’Afrique n’est plus périphérique, elle n’est plus silencieuse », a-t-il déclaré.
Cinq observations pour l’avenir de l’Afrique
Le Président Gnassingbé a structuré son intervention autour de cinq observations majeures.
Le renouveau panafricain, une nécessité stratégique
« Le monde change, l’ordre international se recompose, de nouveaux pôles émergent. Dans ce moment de transformation, une réalité s’impose : aucune nation africaine ne peut affronter seule l’ampleur des défis contemporains, ni l’injustice climatique, ni les crises sanitaires, ni les fractures technologiques, ni la compétition économique mondiale. »
Pour lui, le panafricanisme n’est donc plus seulement une idée, c’est un impératif, une stratégie de souveraineté.
« Il s’agit de décider pour nous-mêmes, sur la base d’une vision collective, réaliste et ambitieuse. Le panafricanisme que nous appelons ici n’est pas celui des slogans. C’est un panafricanisme pragmatique et exigeant. Un panafricanisme qui unit nos peuples, nos cultures, nos marchés, nos savoirs. L’Afrique ne peut plus se contenter d’être spectatrice. Divisée, elle sera vulnérable. Unie, elle sera forte. »
La réforme du multilatéralisme, une exigence
Le Président du Conseil togolais a dénoncé avec force l’exclusion de l’Afrique des instances de décision mondiale.
« Le système international a été conçu sans nous, pensé dans un monde qui n’existe plus. Nos nations étaient encore sous domination coloniale. Nos peuples n’avaient pas voix au chapitre et aujourd’hui, un continent de 1,4 milliard d’habitants, qui représente 28% des États membres de l’ONU et bientôt le cœur de l’humanité, n’a toujours pas de siège permanent au Conseil de sécurité. Ce n’est pas une anomalie, c’est une aberration », a-t-il martelé.
Faure Gnassingbé exige pour le continent, deux sièges permanents au Conseil de sécurité, avec droit de veto. Cette position est selon lui, est juste, légitime et doit être entendue.
Il va plus loin en demandant des réformes importantes. « Réformer les institutions, c’est corriger le déséquilibre de gouvernance, c’est peser davantage au quotidien, dans les décisions, dans les normes, dans les financements », a-t-il insisté.
Mobiliser nos propres ressources africaines
« Notre développement ne viendra pas de solutions venues d’ailleurs. Il viendra d’abord de nous-mêmes : de nos ressources naturelles, de nos jeunes talents, de nos entreprises, de nos diasporas, de nos savoirs, de nos cultures. C’est cela la souveraineté moderne. »
Le dirigeant togolais a appelé à financer nos propres priorités, transformer nos matières premières, moderniser nos systèmes alimentaires et sanitaires, et surtout investir dans le capital humain.
« Mobiliser notre capital humain, c’est aussi reconnaître la valeur de nos savoirs endogènes, nos langues, nos systèmes éducatifs, nos connaissances médicinales, nos traditions intellectuelles. Une Afrique forte est une Afrique qui croit en ce qu’elle sait, en ce qu’elle peut, et en ce qu’elle est. »
Il a souligné les atouts du continent : « Nous avons la jeunesse la plus dynamique du monde. Nous avons des terres abondantes. Nous avons des diasporas puissantes. Nous avons la créativité, l’énergie, l’innovation. Mobiliser notre capital, c’est transformer enfin ce potentiel en puissance. »
L’Afrique est une et indivisible
« Le panafricanisme est global. Il est dans notre continent. Il est dans la diaspora. Il est dans notre jeunesse. La diaspora, les afro-descendants et les jeunes sont les trois forces motrices du renouveau africain. »
Pour le chef de l’exécutif togolais, la diaspora et les afro-descendants sont « une source immense de savoir, de créativité et surtout d’influence. Ils prolongent l’Afrique dans le monde. Ils élargissent notre horizon collectif. »
Reconquérir le narratif et l’identité africains
« Aucune puissance ne s’est affirmée en laissant les autres raconter son histoire. Depuis des siècles, l’image de notre continent a été fabriquée hors d’Afrique. Elle a été déformée, stéréotypée, instrumentalisée », selon Faure Gnassingbé.
Il a appelé à ne plus accepter « que nos réussites soient invisibles, que nos talents soient ignorés, que nos cultures soient réduites à des clichés. »
« Reconquérir notre narratif, c’est rétablir la vérité de notre histoire, c’est valoriser nos victoires, c’est corriger les récits coloniaux, c’est faire de nos arts, de nos langues, de nos cultures les instruments d’influence… », a-t-il conclu.
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