Culture

Cinéma togolais : des réformes saluées, des chantiers qui attendent

Le secteur cinématographique togolais avance. Mais à quel rythme, et jusqu’où ? C’est la question que pose Etsomawumé Koffi Ametefe, président du Mouvement Vision Amour du Cinéma (MVAC), producteur, réalisateur et initiateur du Togo Casting Awards. Sans esquiver les acquis, il pointe avec franchise les lacunes qui freinent encore l’éclosion d’une véritable industrie du 7e art au Togo.

Il faut reconnaître que le chemin parcouru est réel. En quelques années, le Togo s’est doté des instruments institutionnels qui lui faisaient cruellement défaut. L’adoption du Code du cinéma en 2021 a fourni au secteur un cadre juridique structurant, définissant les métiers, les autorisations et les droits d’exploitation. Dans la foulée, le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée (CNCIA) a vu le jour, suivi de la création du Fonds National de Soutien à l’Industrie Cinématographique et Audiovisuelle (FoNSICA).

Dernière pierre posée à l’édifice, en décembre dernier, le ministère de la Communication, des Médias et de la Culture, en partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie, organisait à Lomé un atelier de validation du plan stratégique quinquennal 2026-2030, articulé autour de la production, de la formation professionnelle et de la structuration du marché.

« Je peux dire qu’il y a des réformes courageuses qui ont été réalisées dans le domaine du cinéma », reconnaît Etsomawumé Koffi Ametefe, qui tient à saluer ces efforts avant d’aller plus loin.

Mais un écosystème encore incomplet

Pour le président du MVAC, le bât blesse ailleurs. Les fondations sont posées, certes — mais l’édifice économique, lui, reste inachevé. Il relève des manquements qui risqueraient de compromettre la vision portée pour le cinéma togolais.

Pour le premier manquement, le réalisateur pointe du doigt, l’absence de mesures incitatives à destination des entreprises privées. Allègements fiscaux, crédits d’impôt, exonérations pour les investisseurs — autant de leviers qui existent ailleurs et qui permettraient d’attirer des capitaux privés dans un secteur qui en a besoin. « Il faut l’allègement fiscal, il faut aussi que les banques trouvent leurs garanties pour investir dans le cinéma », insiste-t-il.

Deuxième point de blocage : le marché.

« Le cinéma est fait pour produire et vendre. C’est une industrie, c’est un business », rappelle Ametefe. Or, sans salles modernes, sans circuits de distribution structurés, sans plateformes locales de diffusion, les films existent mais ne circulent pas. Il plaide pour des complexes culturels de grande envergure, accessibles financièrement à toutes les couches de la population. « Un marché abordable, où tout le monde peut venir », résume-t-il.

Troisième défi, le financement. Si le FoNSICA représente une avancée, ses ressources restent limitées et son accès parfois complexe. Pour Ametefe, l’État doit jouer un rôle de garant vis-à-vis des banques, les rassurer pour qu’elles s’engagent aux côtés des cinéastes.

« C’est le gouvernement qui doit être le garant de ce que nous faisons. »

Changer de paradigme

Au-delà des mécanismes financiers, le producteur défend une vision plus large. Il suggère même de repenser l’intitulé du ministère de tutelle, en le rebaptisant « ministère de l’Action culturelle » — une formulation qui, selon lui, refléterait mieux la mission de financement et de promotion active du secteur, plutôt que la simple gestion d’un patrimoine existant.

Vous avez une information, un témoignage ou une situation à signaler ? Contactez notre rédaction au +228 92060703/96404147. AuxNouvelles.tg protège ses sources et traite chaque information avec professionnalisme et discrétion.

Ne ratez aucune info ! Rejoignez notre chaîne WhatsApp dès maintenant en cliquant ICI


En savoir plus sur AuxNouvelles

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Raphaël Koffi AZIAMADJI

Journaliste et linguiste de formation, Koffi AZIAMADJI est Directeur de publication de AuxNouvelles.TG. Il est doublement diplômé de l'Université de Lomé : une licence en Journalisme obtenue à l'ISICA et une licence en Sciences du Langage à la FLLA. Cette double expertise, à la croisée de l'information et de la langue, forge une plume rigoureuse, précise et engagée.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page

En savoir plus sur AuxNouvelles

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture