« Sortir de la servitude monétaire » : Kako Nubukpo appelle les dirigeants africains à oser

Lors de la « Parole aux Panafricains », événement organisé dans le cadre de la Table ronde économique des diasporas togolaise, africaines et afrodescendantes tenue ce mercredi 10 décembre 2025 pendant le 9ème Congrès panafricain, le Professeur Kako Nubukpo a présenté un plaidoyer en faveur de la création d’une monnaie africaine commune.
L’économiste togolais a exposé sept raisons fondamentales qui, selon lui, justifient cette nécessité pour l’avenir du continent.
L’ancien ministre de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques (2013-2015) a d’emblée rappelé une réalité préoccupante : les échanges entre pays africains demeurent dramatiquement faibles. Seulement 15% des échanges continentaux sont réalisés en intra-africain, contre plus de 60% en Europe. Cette faible intégration économique constitue un frein majeur au développement du continent.
Pour Kako Nubukpo, l’adoption d’une monnaie commune éliminerait les coûts de transaction et les risques de change, catalysant ainsi les bénéfices attendus de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). « Une monnaie unique libérerait le potentiel commercial du continent, transformant l’intégration économique d’une ambition théorique en réalité concrète ».
Dans un contexte de guerre commerciale mondiale opposant les grandes puissances, l’économiste estime que l’Afrique a besoin d’une monnaie solide pour soutenir sa compétitivité, ouvrir de nouveaux marchés et accroître son influence sur l’échiquier international. Sans cet instrument monétaire, le continent risque de rester à la périphérie des grands flux commerciaux mondiaux.
Le Professeur Nubukpo a également pointé du doigt le sous-financement chronique du secteur privé africain. Avec un ratio crédit/PIB de seulement 35%, contre 100% dans la zone euro, les entreprises africaines peinent à accéder aux ressources nécessaires à leur développement. « Une monnaie africaine permettrait de mieux soutenir les PME et les champions locaux, ces moteurs essentiels de la croissance économique que le continent peine aujourd’hui à faire émerger », précise-t-il.
L’urgence de l’emploi des jeunes
L’argument le plus pressant concerne peut-être l’emploi de la jeunesse. Kako Nubukpo estime que dans les quarante prochaines années, 600 millions de jeunes africains arriveront sur le marché du travail. Ainsi, une banque centrale africaine dotée d’un mandat incluant la création d’emplois est indispensable pour garantir la stabilité politique et sociale du continent.
Kako Nubukpo a également souligné que les États africains manquent cruellement de ressources pour assurer leurs missions régaliennes, à commencer par la sécurité. Une banque centrale africaine pourrait les financer directement, libérant ainsi ces États de leur dépendance vis-à-vis des marchés financiers internationaux pour construire les infrastructures essentielles à leur développement.
La souveraineté alimentaire en ligne de mire
Avec 500 millions d’hectares de terres arables souvent sous-exploitées, le continent dispose d’un potentiel agricole considérable. Une monnaie forte pourrait financer massivement l’agriculture et garantir l’indépendance alimentaire de l’Afrique, mettant fin au paradoxe d’un continent qui importe ce qu’il pourrait produire lui-même.
Enfin, le professeur a insisté sur le rôle crucial des diasporas, cette « sixième région » du continent. Une monnaie commune faciliterait considérablement l’investissement des Africains de la diaspora sur le continent via des outils financiers dédiés, renforçant ainsi les liens économiques avec les dizaines de millions d’Africains dispersés à travers le monde.
« Sortir de la servitude monétaire »
Dans son plaidoyer, Kako Nubukpo a appelé les dirigeants africains à oser franchir le pas. Il est temps, selon lui, de sortir de la « servitude monétaire » incarnée notamment par le franc CFA, et de considérer la monnaie comme ce qu’elle est véritablement : une institution à la fois politique, économique et culturelle.
Pour transformer l’Afrique, la souveraineté monétaire apparaît comme une étape cruciale, un préalable indispensable à toute ambition de développement autonome et durable.
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