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Niger : Trois journalistes en détention pour avoir envoyée une invitation à un exilé proche de Mohamed Bazoum

Le CPJ dénonce "l'instrumentalisation des lois sur la cybercriminalité" et appelle à leur libération immédiate

Au Niger, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) appelle les autorités à libérer immédiatement les journalistes Ibro Chaibou, Youssouf Sériba et Oumarou Abou Kané, placés en détention provisoire à la prison de Kollo, dans le sud du pays, depuis le 3 novembre 2025.

Les trois professionnels des médias ont été initialement arrêtés le 30 octobre et sont accusés d’avoir simplement relayé une invitation à une conférence de presse gouvernementale envoyée par un exilé qui travaillait pour le président déchu Mohamed Bazoum.

Six journalistes inculpés de cybercriminalité

Le 3 novembre, un juge d’instruction de la capitale Niamey a inculpé six journalistes de « diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public », un cybercrime passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison, selon leur avocat Boudal Effred Mouloul et deux sources proches du dossier ayant témoigné sous couvert d’anonymat par crainte de représailles.

Les six journalistes, tous travaillant pour des médias privés. Il s’agit de Moussa Kaka, PDG du groupe Radio Télévision Saraounia (RTS), Ibro Chaibou, responsable de la rédaction, RTS, Youssouf Sériba, directeur de publication du site d’information Les Échos du Niger, Oumarou Abou Kané, propriétaire du journal satirique Le Hérisson, Souleymane Oumarou Brah, directeur de publication du journal La Voix du Peuple, Abdoul Aziz Idé, présentateur du journal télévisé de la RTS

La chronologie des arrestations révèle un traitement judiciaire troublant. Chaibou est en détention depuis le 30 octobre, tandis que les cinq autres et un chauffeur de la RTS ont été détenus par la police judiciaire de Niamey, interrogés, puis relâchés le même jour, avant d’être de nouveau arrêtés le 1ᵉʳ novembre.

Le 3 novembre, le chauffeur a été libéré sans inculpation, ainsi que Moussa Kaka, Souleymane Oumarou Brah et Abdoul Aziz Idé, qui ont été placés sous surveillance judiciaire. Seuls Chaibou, Sériba et Kané demeurent derrière les barreaux.

« L’instrumentalisation des lois sur la cybercriminalité à des fins d’accusations infondées témoigne une fois de plus du recul des autorités nigériennes en matière de liberté de la presse », a déclaré Moussa Ngom, représentant du CPJ pour l’Afrique francophone.

« Les autorités nigériennes doivent libérer Ibro Chaibou, Youssouf Sériba et Oumarou Abou Kané et abandonner les charges retenues contre tous les journalistes injustement poursuivis », a-t-il exigé.

L’an dernier, le chef d’État du Niger, Abdourahamane Tchiani, qui a renversé la présidence démocratiquement élue de Mohamed Bazoum en 2023, a alourdi les peines pour les cybercrimes, qui sont depuis régulièrement utilisées pour détenir des journalistes et museler la presse indépendante.

Cette affaire s’inscrit dans une série de mesures répressives contre les médias, notamment l’interdiction de Radio France Internationale (RFI) et d’autres médias internationaux.

Une simple invitation relayée

Le 29 octobre, Hamid Amadou N’gadé, ancien conseiller en communication de Bazoum, a publié sur Facebook une invitation à une conférence de presse du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP), créé en 2023 pour financer la lutte antiterroriste de l’État.

Dans sa publication, N’gadé avait indiqué que le gouvernement allait annoncer officiellement des prélèvements obligatoires sur les salaires et les transferts d’argent mobile, ce qui fut effectivement fait lors de la conférence. N’gadé fait partie des nombreux alliés de l’ancien président qui ont été déchus de leur nationalité en 2024.

Selon deux personnes au courant de l’affaire, Moussa Kaka — journaliste chevronné et ancien correspondant de RFI jusqu’à son interdiction au Niger — avait reçu l’invitation à la conférence de presse et l’avait transmise à son collègue Chaibou.

Ce dernier l’avait ensuite partagée dans un groupe WhatsApp avec Sériba, Kané et Brah, qui sont des co-débatteurs réguliers de l’émission hebdomadaire « Club de la presse » de Saraounia TV, animée par Chaibou.

Les appels du CPJ pour obtenir des commentaires de la police, du FSSP et du ministère de la Communication sont restés sans réponse, illustrant l’opacité avec laquelle cette affaire est traitée par les autorités nigériennes.

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Raphael Koffi AZIAMADJI

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