SIALO 2025 : Gestion environnementale et transhumance au cœur des débats pour une agriculture durable au Togo

La 12ème édition du Salon international de l’agriculture et de l’agroalimentaire (SIALO), ouverte le 15 octobre au Centre togolais des expositions et foires (CETEF Togo 2000), se poursuit avec des échanges de haute facture sur l’avenir de l’agriculture africaine. La journée du samedi 18 octobre a été marquée par des conférences et panels axés sur la protection de l’environnement, le financement de l’élevage et les défis de la transhumance au Togo.
Placée sous le thème « Transformation durable pour un système alimentaire en Afrique : Défis et Acteurs », cette édition 2025 ambitionne de tracer les contours d’une agriculture respectueuse de l’environnement et économiquement viable.
Compassion International plaide pour des systèmes alimentaires durables
L’édition 2025 du SIALO a offert une tribune à Compassion International Togo, partenaire de l’événement, pour organiser la deuxième édition de sa conférence sur la Gestion de l’Environnement et la Protection de la Création (GEPC).


Animée autour du thème « La gestion de l’environnement et la protection de la création : cap sur les systèmes alimentaires durables et la résilience des familles », cette rencontre a formé les participants à une approche holistique de la gestion environnementale, intégrant la protection des ressources naturelles et l’adoption de pratiques agricoles responsables.
« Le SIALO est une opportunité que Compassion International a explorée pour mettre en avant sa vision en matière de protection de l’environnement et de lutte contre les changements climatiques. C’est une expérience que nous avons tentée et nous sommes satisfaits de ce que nous avons pu réaliser », a expliqué M. Amana Eugène, spécialiste d’appui au programme, chargé de la sécurité alimentaire et des moyens d’existence à Compassion International Togo.
Plusieurs thématiques ont été abordées, allant de la sécurité alimentaire dans le contexte du changement climatique à l’accès au financement pour les agriculteurs.
Financement de l’élevage : un casse-tête pour les acteurs africains
Le deuxième rendez-vous majeur de la journée a été consacré au panel « Financement de la chaîne de valeur et transformation des produits d’élevage au Togo ».

Le Directeur général adjoint de l’Office National des Abattoirs et Frigorifiques (ONAF) a présenté les mécanismes mis en place par l’État togolais pour accompagner les éleveurs, ainsi que le rôle de son institution dans la coordination de la transformation des produits carnés.
De son côté, Ibrahima Théo Lam, entrepreneur et enseignant sénégalais, a dressé un constat sans concession sur les difficultés auxquelles sont confrontés les éleveurs africains pour accéder au financement.
« Des éleveurs demandent à être financés, mais il y a trois sources qui sont limitées. La première, c’est l’État, qui a peu de moyens pour répondre aux exigences des éleveurs. Dans le système bancaire, les conditions sont extrêmement difficiles, donc inaccessibles aux éleveurs. Et le troisième volet, ce sont les organisations internationales et instituts qui accompagnent également. Si on prend le temps d’analyser ces trois structures, il est difficile pour l’éleveur d’y accéder. On leur demande un certain nombre de conditions qu’ils ne remplissent pas », a expliqué l’expert sénégalais.
Repenser les modèles de financement agricole
Ibrahima Théo Lam a plaidé pour une refondation complète des modèles de financement proposés en Afrique, estimant qu’ils ne correspondent pas aux réalités du continent, notamment celles des acteurs du secteur de l’élevage.
« La façon dont on finance un agriculteur doit être différente de la façon dont on finance un autre acteur. Au niveau des banques agricoles, il y a des standards, des documents et des outils sophistiqués, alors que les agriculteurs évoluent dans des modèles très simples, un modèle assez informel qui fonctionne. On ne peut pas leur demander de quitter ce modèle pour aller vers une vision qu’ils ne comprennent pas. Ce serait intéressant, en tant qu’acteur financier, d’aller rencontrer les éleveurs sur place, comprendre comment ils fonctionnent, leurs techniques, leurs opportunités, leurs réussites et leurs défis », a-t-il recommandé.
Parvenir à une cohabitation pacifique entre agriculteurs et éleveurs
Le dernier panel de la journée, organisé autour du thème « Transhumance et sédentarisation : Les enjeux de l’autonomie fourragère », a réuni les acteurs du secteur pour faire l’état des lieux, identifier les défis et proposer des solutions pour une transhumance apaisée au Togo.

Olou-Adara Ayéfoumi, président de la Coordination togolaise des organisations paysannes et des producteurs agricoles, a posé le diagnostic de la situation.
« Aujourd’hui, la problématique du pâturage et de la transhumance pose un sérieux problème parce que l’espace est partagé par deux acteurs qui n’ont pas les mêmes modes de production. L’un fait de la culture et l’autre vient parfois dévaster les champs. Comment éviter ces problèmes et permettre justement la cohésion sociale entre ces deux acteurs qui sont tous importants pour le secteur ? », s’est-il interrogé.
Pour résoudre durablement ces tensions, le président de la coordination paysanne propose plusieurs pistes de solutions innovantes.
« À notre niveau, nous proposons qu’il y ait une promotion de la production fourragère sur le plan national. Le producteur qui fait les cultures vivrières peut également implanter des cultures fourragères et ces productions peuvent lui permettre d’avoir des contrats avec l’éleveur. Ils vont devenir des partenaires économiques. Si on arrive à mettre cela en place, je crois que les problèmes récurrents liés aux violences et à la dévastation des cultures vont s’estomper », a-t-il proposé.
Promouvoir l’élevage traditionnel pour réduire la transhumance
Face à l’augmentation de la population et aux besoins croissants en produits carnés, M. Olou-Adara Ayéfoumi plaide également pour la promotion de l’élevage traditionnel sédentaire.
« Aujourd’hui, on ne peut pas interdire la transhumance parce que nous manquons de produits carnés. Mais je crois que pour résoudre définitivement le problème de la transhumance, il faut impérativement promouvoir l’élevage traditionnel. Un producteur agricole qui a un poulailler amélioré va forcément contribuer à la réduction de l’importation de bétail. Il va aussi avoir des ressources additionnelles. Il faut encourager les jeunes à investir dans l’élevage ou dans la production fourragère pour satisfaire les marchés existants », a-t-il plaidé.
Entre protection de l’environnement, financement de l’élevage et gestion de la transhumance, les débats du SIALO 2025 tracent la voie d’une agriculture togolaise durable, inclusive et résiliente.
Lire aussi : CETEF Togo 2000 : ouverture de la 12e édition du Salon international de l’agriculture et de l’agroalimentaire
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