Togo : Le cri d’alarme d’Abel Yao Attitso depuis la prison civile de Lomé

Derrière les murs de la prison civile de Lomé, un jeune homme attend. Abel Yao Attitso, figure du militantisme estudiantin togolais, ne comprend toujours pas pourquoi il se retrouve enfermé depuis trois mois. Son crime présumé ? Avoir figuré dans un groupe WhatsApp. Son combat ? Améliorer les conditions de vie des étudiants. Rencontre avec un détenu qui refuse de se taire.
Le militant qui dérangeait
Avant d’être le détenu « numéro tant » de la prison civile de Lomé, Abel Yao Attitso était une voix. Une voix forte, déterminée, parfois agaçante pour certains. À la tête de la Synergie des élèves et étudiants du Togo (SEET), ce jeune homme s’était donné une mission : sortir la jeunesse estudiantine togolaise de la précarité et de l’indifférence.
Amphithéâtres mal sonorisés où l’on n’entend pas le professeur du fond de la salle. Restaurants universitaires aux repas monotones et peu nutritifs. Cours en ligne qui plantent en plein examen. Transport universitaire défaillant. Bourses qui ne permettent plus de joindre les deux bouts face à l’inflation galopante.
Abel Yao Attitso connaît ces réalités par cœur. Il les vit, comme des milliers d’autres étudiants. Mais contrairement à beaucoup, il a choisi de ne pas se contenter de subir. Il a choisi de parler, de revendiquer, d’interpeller les autorités. Encore et encore.
« Je suis convaincu que la qualité du système éducatif conditionne le développement d’un pays », explique-t-il dans le message qu’il a fait parvenir depuis sa cellule. Une conviction qui l’a poussé à multiplier les démarches auprès des responsables universitaires et gouvernementaux. Avec, selon lui, peu de résultats concrets.
Le 3 septembre, tout bascule
Ce jour-là, Abel est sur son lieu de stage, comme n’importe quel étudiant qui prépare son avenir professionnel. Il ne se doute de rien. Quelques heures plus tard, sa vie bascule. Interpellation. Transfert au SCRIC. Puis, le 8 septembre, la prison civile de Lomé.
Le motif ? Son appartenance à un groupe WhatsApp où figuraient deux personnes interpellées en 2022 après une soirée à Lomé. Une soirée à laquelle il affirme ne jamais avoir participé.
« Aujourd’hui, je suis en prison simplement parce que j’ai exercé mon droit à la liberté d’expression », écrit-il avec une amertume palpable.
Pour lui, pas de doute : cette accusation n’est qu’un prétexte. Le vrai motif de son incarcération, ce serait son activisme syndical qui gêne.
Il raconte les menaces anonymes reçues ces derniers mois. Des messages inquiétants qui, selon lui, étaient directement liés à ses prises de position publiques. Des avertissements qu’il n’a pas pris au sérieux. Jusqu’à ce matin du 3 septembre.
L’enfer derrière les barreaux
Depuis bientôt quatre mois, Abel Yao Attitso vit une réalité qu’il n’avait jamais imaginée. Celle de la détention. Il parle de conditions « dramatiques », d’une volonté manifeste de lui « faire vivre l’enfer ». Mais il reste discret sur les détails. Pudeur ? Peur de représailles ? Impossible de le savoir.
Ce qui est certain, c’est que le jeune homme n’a pas renoncé à son combat. De sa cellule, il continue de porter la voix des étudiants togolais.
« Le silence face à l’injustice ne fait que l’alimenter », martèle-t-il. Un message adressé d’abord à ses camarades étudiants, mais aussi à tous ceux qui croient encore en la justice et en la liberté d’expression.
« Je suis en prison pour avoir parlé, pour avoir cru qu’un étudiant pouvait encore rêver d’un avenir meilleur ».
Pour Abel, les frustrations qui s’accumulent au sein de la jeunesse togolaise ne demandent qu’à être apaisées. À condition, dit-il, que les autorités prennent des mesures concrètes pour rétablir la confiance. Mais pour l’instant, c’est lui qui attend. Attend une décision. Attend un geste. Attend la liberté.
Et si la grâce présidentielle changeait tout ?
L’annonce du Président du Conseil Faure Gnassingbé, lors de son discours sur l’état de la Nation mardi dernier, a suscité un espoir inattendu. Le chef de l’exécutif a évoqué une prochaine vague de grâce présidentielle pour certaines catégories de détenus : ceux en longue détention, les auteurs de délits mineurs, et les prisonniers âgés ou gravement malades.
Abel Yao Attitso pourrait-il figurer parmi les bénéficiaires ? L’appartenance à un groupe WhatsApp constitue-t-elle un « délit mineur » ? Techniquement, peut-être. Politiquement, c’est une autre question.
Dans le milieu étudiant togolais, on ose à peine y croire. Mais l’espoir est là, ténu, fragile, mais bien réel. Et si cette grâce présidentielle, présentée comme un geste d’apaisement national, permettait à ce jeune leader de retrouver sa liberté ?
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