
L’Ordre National des Médecins du Togo (ONMT) a présenté ce mardi 07 avril 2026 le tableau de l’Ordre au titre de l’année 2026, accompagné des données de la démographie médicale nationale. Un état des lieux sans complaisance qui révèle les fragilités profondes d’un système de santé sous tension.
Depuis 2001, où le tableau ne comptait que 500 médecins inscrits, les chiffres ont certes progressé, mais de manière irrégulière. Après un pic à 1 048 inscrits en 2025, l’Ordre ne recense en avril 2026 que 940 médecins en conformité avec la loi, sur un total estimé à 1 975 médecins, dont 1 728 actifs sur le territoire national. Le Professeur BEKETI Katanga Anthony, président de l’ONMT, a tenu à rappeler que le tableau publié n’est qu’un instantané.
« Le tableau de l’Ordre est toujours plus que ce tableau affiché. Nous détenons un tableau qui est dynamique et réactualisé au fur et à mesure des nouvelles inscriptions comme des radiations », a-t-il précisé.
Un corps médical masculin, vieillissant et urbanisé
Le portrait du médecin togolais qui se dessine à travers ces données est celui d’un homme, quinquagénaire, exerçant à Lomé. Le secrétaire général de l’ONMT, le Dr KEKE Kodjo Kpodjro, l’a confirmé chiffres à l’appui : 78 % des inscrits sont des hommes, contre 22 % de femmes. Le secteur public concentre 55 % des praticiens, le privé 38 %. Et surtout, sur les 940 médecins inscrits, 804 exercent dans le Grand Lomé, soit près de 77 % du corps médical national concentré dans la seule capitale. La région de la Kara, deuxième ville du pays, ne compte que 68 médecins, et celle des Plateaux, pourtant la plus étendue du Togo, n’en recense que 63.
Le vieillissement du corps médical constitue une autre source d’inquiétude : 70 % des médecins ont soutenu leur thèse il y a plus de cinq ans, et la majorité a dépassé la quarantaine. Des départs massifs à la retraite sont redoutés dans les années à venir, avec le risque d’une pénurie encore plus aiguë.
La diaspora, plus nombreuse que les régions de l’intérieur
Le phénomène le plus frappant reste la fuite des cerveaux. Le nombre de médecins togolais enregistrés dans la diaspora dépasse celui des praticiens exerçant dans les régions Centrale et des Savanes réunies. « La moyenne d’âge dans la diaspora tourne autour de 35 ans, ce qui signifie que la jeunesse du corps médical togolais se trouve en grande partie à l’extérieur du pays », a relevé le Dr KEKE.
Loin, très loin des normes de l’OMS
Avec un ratio de 0,13 médecin pour 1 000 habitants, le Togo est très en deçà des standards recommandés par l’Organisation mondiale de la santé. Pour atteindre le seuil préconisé, il faudrait former et intégrer environ 8 500 médecins supplémentaires dans le système de santé national — un objectif colossal qui mesure l’ampleur du chemin à parcourir.
Face à ce tableau, l’Ordre National des médecins ne se contente pas de constater. Il formule des recommandations concrètes : bourses pour les spécialités en déficit, psychiatrie, oncologie, ophtalmologie, anesthésie-réanimation figurent parmi les plus sinistrées, réforme hospitalière avec des plans de carrière attractifs pour inciter les médecins à s’installer en zones rurales, promotion de l’accès des femmes à la profession, et modernisation de la gestion des données médicales.
Un plaidoyer chiffré et urgent, adressé aux autorités sanitaires, pour que l’accès aux soins cesse d’être un privilège géographique au Togo.
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