Mali : un journaliste condamné à 2 ans de prison pour avoir critiqué le président du Niger
Le directeur de publication de l’hebdomadaire malien L’Alternance, Youssouf Sissoko, a été condamné lundi 23 mars par le tribunal de l’unité de lutte contre la cybercriminalité de Bamako à deux ans d’emprisonnement et à une amende d’un million de francs CFA (environ 1 759 dollars américains). Il lui est reproché d’avoir publié une tribune d’analyste critiquant les déclarations du président nigérien Abdourahamane Tiani, qui affirmait en janvier dernier que la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire auraient financé des mercenaires pour attaquer une base militaire au Niger.
Le journaliste avait été arrêté le 5 février dernier. Le tribunal l’a reconnu coupable de trois chefs d’accusation : offense à un chef d’État étranger, diffusion de fausses informations et atteinte à la crédibilité de l’État.
Le lendemain de la condamnation, le 24 mars, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a publié un communiqué appelant les autorités maliennes à libérer Sissoko sans délai. « La sévérité de la peine infligée au journaliste Youssouf Sissoko marque une escalade dans l’hostilité du gouvernement malien envers les voix indépendantes », a déclaré Moussa Ngom, représentant du CPJ pour l’Afrique francophone, ajoutant que les autorités doivent « respecter le droit de la presse à commenter les questions de sécurité régionale ».
Du côté des professionnels maliens des médias, la consternation est également vive. Boubacar Yalkoué, président de l’Association des éditeurs de presse privée du Mali (ASSEP), a averti que « cette décision judiciaire crée un dangereux précédent qui pourrait affaiblir davantage les médias, qui sont déjà confrontés à de nombreuses difficultés ».
Cette affaire intervient dans un contexte de rétrécissement prolongé de l’espace médiatique au Mali. Depuis le coup d’État de 2020, plusieurs journalistes ont été arrêtés ou expulsés du territoire, et de nombreux médias suspendus. Le Mali, aux côtés du Niger et du Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel, a par ailleurs procédé à l’interdiction de plusieurs médias français et à des arrestations de journalistes, tout en imposant des restrictions croissantes à la couverture des questions sécuritaires.
Le CPJ indique que ses tentatives de contact auprès du ministère malien de la Justice sont restées sans réponse.
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