Tontines et épargnes : « Fidélité Humaine » dépouille des femmes des Savanes
Dans la région des Savanes, au nord du Togo, une structure se présentant comme une microfinance ou une tontine informelle a collecté les économies de nombreuses femmes vulnérables avant de disparaître avec les fonds. L’affaire, révélée par le journal Laabali sur sa page Facebook, met en lumière les dérives dangereuses des systèmes d’épargne non réglementés.
Tout a commencé avec un slogan : « Fidélité Humaine vous offre tout ce dont vous avez besoin. » Une promesse simple, formulée dans un langage accessible, qui a rapidement séduit des femmes de la région des Savanes en quête de solutions pour acquérir des biens essentiels sans disposer d’une épargne suffisante.
La structure, qui aurait ouvert des sièges à Tingban et aux environs de la BTD, envoyait des collectrices munies de carnets de cotisation parcourir les concessions pour encaisser de petites sommes quotidiennes. Le principe affiché était simple : cotiser à petit pas pour recevoir, à terme, des matériaux de construction, des ustensiles de cuisine ou des appareils électroménagers. Sur les carnets, on pouvait lire : « Vente de produits à crédit par mode de paiement échelonné. Matériaux de construction, ustensiles de cuisine, appareils électriques, alimentation générale. »
Selon le journal Laabali, qui a révélé l’affaire, les responsables de la structure « ont pris le temps d’instaurer la confiance au sein de la communauté avec le nom de leur structure avant de commettre le forfait en disparaissant avec les fonds des femmes. »
Des prix gonflés, une arnaque dissimulée
À y regarder de plus près, les tarifs pratiqués par « Fidélité Humaine » étaient largement supérieurs à ceux du marché local. Une victime, citée par Laabali, témoigne : une carafe était facturée 37 000 FCFA dans le système de cotisation, à raison de 150 FCFA par jour, alors que le même article se vend entre 6 000 et 12 000 FCFA dans les boutiques locales. « On dirait qu’on m’avait fermé les yeux », confie-t-elle.
Plusieurs cotisantes auraient ainsi payé le double, voire davantage, de la valeur réelle des marchandises. Certaines auraient versé jusqu’à 50 000 FCFA avant que la structure ne s’effondre. Pourtant, elles affirment ne pas avoir eu d’autre choix : faute de liquidités suffisantes pour acheter comptant, le système de micro-cotisations représentait pour elles la seule voie d’accès possible à ces biens. C’est cette précarité que la structure a méthodiquement exploitée.
Les collectrices elles-mêmes n’ont pas été épargnées. D’après les informations, certaines auraient cotisé de leur propre poche et mobilisé leurs proches pour participer, convaincues de la légitimité du système. Elles disent avoir été victimes de manipulation.
Lorsque le système a montré ses failles, plusieurs responsables présumés ont pris la fuite avec les fonds collectés. C’est l’enrichissement ostentatoire de l’un d’eux qui s’était offert une moto neuve, qui a éveillé les soupçons des cotisantes et les a poussées à alerter les forces de l’ordre.
Interpellé alors qu’il tentait de quitter la zone, l’un des cerveaux présumés de l’opération a été placé en détention. Il aurait reconnu que ses complices détenaient l’essentiel des sommes collectées. Mais ces derniers restent introuvables, et l’argent avec eux.
En guise de dédommagement, la mère de l’un des responsables s’est présentée devant les autorités locales avec des seaux en plastique à distribuer aux victimes, en promettant de rembourser au nom de son fils. Un geste dérisoire, bien loin des tôles, sacs de ciment et appareils promis. À ce jour, ni l’argent ni les biens attendus n’ont été restitués.
Un phénomène récurrent qui prospère sur la précarité
L’affaire « Fidélité Humaine » n’est pas un cas isolé. Comme le souligne Laabali, ce type de système d’extorsion revient « chaque année avec son projet » dans plusieurs localités, ciblant invariablement les femmes rurales les plus vulnérables. L’ignorance des mécanismes financiers, le manque d’alternatives légitimes et la pression sociale du suivisme communautaire forment un terreau favorable à ces escroqueries qui se renouvellent sous des noms différents.
Face à ce constat, la vigilance s’impose à plusieurs niveaux. Pour les populations, il est essentiel de vérifier le statut légal de toute structure financière avant d’y adhérer, de comparer les prix proposés avec ceux du marché, et de se méfier de toute promesse de biens à des conditions trop avantageuses. Pour les autorités, une réponse rapide et systématique est nécessaire, non seulement pour poursuivre les auteurs, mais aussi pour garantir la restitution des fonds aux victimes.
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