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Frontière maritime Togo-Ghana : Lomé se prépare à la bataille juridique

Lomé est prêt pour la bataille. Pris de court par la décision unilatérale du Ghana de porter leur différend (délimitation de frontière maritime) devant un tribunal arbitral international, le Togo s’engage à relever le défi sans trembler. Derrière la sobriété diplomatique des communiqués officiels, le message est ferme. Le pays défendra chaque mètre carré de ses eaux avec toutes les armes juridiques à sa disposition, ont annoncé les membres du gouvernement vendredi.

Le 20 février 2026, la nouvelle tombe comme un couperet. Accra a décidé, sans concertation préalable, de saisir une instance arbitrale internationale pour trancher la délimitation de la frontière maritime entre les deux pays, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. À Lomé, on découvre la nouvelle en même temps que le grand public.

« Nous attendions la reprise des discussions après des changements au sein de la commission ghanéenne. Mais nous avons appris que la partie ghanéenne avait préféré recourir au tribunal pour trancher la question », confie Dammipi Noupokou, ancien ministre des Mines et de l’Énergie, lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi 27 février 2026 à Lomé. Une surprise. Mais pas une capitulation.

Tout avait pourtant commencé dans les règles. En juin 2018, après des tensions répétées dans une zone maritime non délimitée — navires militaires, bateaux d’exploration pétrolière, rappels diplomatiques —, Lomé et Accra avaient choisi la table des négociations. Onze réunions bilatérales, tenues alternativement dans les deux capitales jusqu’en décembre 2023, avaient permis d’établir une carte marine commune et d’identifier des points de référence techniques.

Mais sur le fond, le désaccord restait entier. « À partir du moment où chacun pense que la frontière est par ici, il peut rentrer dans la zone qu’il estime être la sienne. L’autre intervient pour lui demander de quitter », résume Dammipi Noupokou. Une image simple qui dit tout de la fragilité de la situation.

Le nœud du problème ? L’accès du Togo à la haute mer. Pour Lomé, le tracé proposé selon les calculs techniques standards l’étranglait.

« Le calcul technique qui a été fait ne permettait pas au Togo d’avoir un accès équitable à la haute mer. Cela ne nous permettait pas d’accepter ce tracé en l’état », martèle l’ancien ministre. Une ligne rouge que le pays ne pouvait franchir, tant l’enjeu dépasse la simple géographie.

Comprendre ce litige, c’est d’abord comprendre ce que représente le port autonome de Lomé. Premier port en eaux profondes du golfe de Guinée, porte d’entrée indispensable pour plusieurs pays sahéliens enclavés, il est le poumon de l’économie togolaise. Toucher à son espace maritime, c’est toucher à la souveraineté économique du pays tout entier.

À cela s’ajoute un argument que Lomé entend faire valoir avec force devant les arbitres : l’usage historique de sa rade.

« Historiquement, les bateaux mouillent dans une zone bien connue au large de Lomé. Nous avons estimé que cet usage constitue un fait historique qui doit être pris en compte dans la délimitation », insiste Dammipi Noupokou. Des décennies de pratique maritime que le droit international ne saurait ignorer.

Serein, mais déterminé

Face à la procédure engagée par Accra, le gouvernement togolais a choisi de ne pas crier, mais d’agir. « Le gouvernement togolais a pris acte de cette notification et abordera cette procédure avec responsabilité, sérénité et dans le plein respect de ses droits et intérêts légitimes », a déclaré le ministre Awaté Hodabalo en charge de l’Administration territoriale. Avant d’ajouter clairement que : « Le gouvernement est confiant. Nous avons un dossier propre et clair. Les techniciens, les juristes et les avocats travaillent pour défendre les intérêts de notre pays. »

Derrière cette sérénité affichée, une équipe solide. Experts en droit de la mer, avocats internationaux, techniciens spécialisés : Lomé s’est préparé à cette échéance et entend aborder l’arbitrage avec un dossier bétonné, articulé autour de quatre axes : accès équitable à la haute mer, usage historique de la rade, principes d’équité du droit international, et enjeux économiques et énergétiques de la zone disputée.

Une zone convoitée, une coopération préservée

L’enjeu n’est pas que symbolique. La zone en litige serait riche en hydrocarbures. Sa délimitation définitive conditionnera l’attribution de blocs pétroliers et l’exploitation future des ressources offshore, un paramètre économique majeur pour les deux pays.

Malgré tout, Lomé tient à le souligner : jamais la coexistence maritime quotidienne avec le Ghana n’a dégénéré en affrontement.

« Les recherches pétrolières ont toujours été menées de manière paisible. Il n’y a jamais eu d’affrontement militaire », précise Dammipi Noupokou.

Et si le différend entre désormais dans l’arène judiciaire internationale, le Togo veille à ne pas en faire une rupture.

« Le Togo demeure profondément attaché aux principes de règlement pacifique des différends et aux relations de bon voisinage », rappelle le ministre Awaté.

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