Maladies tropicales négligées : les médias africains en première ligne du combat

À Cotonou, 70 journalistes de 35 pays africains se réunissent pour transformer leur rôle. Désormais, ils veulent devenir des acteurs du changement. Leur mission : sortir les maladies tropicales négligées de l’ombre et en faire une priorité politique. Un pari audacieux lancé ce jeudi 29 janvier par le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) avec l’ouverture officielle du 4e Forum des Médias consacré aux maladies tropicales négligées (MTN).
Plus d’un milliard de personnes vivent sous la menace de maladies qu’on pourrait pourtant éliminer. Filariose lymphatique, onchocercose, schistosomiase, trachome : des noms compliqués pour des souffrances bien réelles. Défigurations, douleurs chroniques, handicaps, exclusion sociale. Ces maladies frappent les plus pauvres, les plus isolés, les plus oubliés.
Et pourtant, elles restent invisibles. Absentes des journaux télévisés, reléguées dans les pages santé des quotidiens quand elles y figurent. Le problème n’est pas médical, il est médiatique.
C’est ce constat qui a incité le REMAPSEN à organiser ce forum continental de haut niveau autour du thème : « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN ».

Les journalistes doivent sortir de leur zone de confort
« Les médias peuvent aller au-delà de ce qu’ils font déjà en s’engageant dans un véritable journalisme de développement. Il n’y a rien sans la santé », a martelé Bamba Youssouf, président du REMAPSEN.
Pour lui, les journalistes ne doivent plus se contenter de rapporter les chiffres fournis par les ministères ou les ONG. Ils doivent enquêter, interpeller, exiger des comptes.
Car si l’Afrique a enregistré des succès remarquables – 24 pays ont éliminé au moins une maladie tropicale négligée, le Togo en a éliminé quatre –, ces victoires restent fragiles. La réduction des financements depuis 2025 menace tous les progrès réalisés. Et qui pour tirer la sonnette d’alarme, si ce n’est les médias ?
Informer, mais aussi mobiliser
Le rôle des médias africains ne se limite pas à sensibiliser les populations sur la prévention et le traitement. Il s’étend bien au-delà. Donner la parole aux communautés affectées. Lutter contre la stigmatisation qui pèse sur les malades. Promouvoir la responsabilité des gouvernements dans le financement et l’intégration des MTN dans les systèmes de santé.
« Ce forum marque le lancement d’une dynamique visant à sortir les maladies tropicales négligées de leur invisibilité afin qu’elles soient connues et mieux traitées », explique Bamba Youssouf.
L’ambition de REMAPSEN est de faire des MTN, une priorité politique et sociale, au même titre que le VIH/sida ou le paludisme.
Mais pour jouer ce rôle d’acteur du changement, encore faut-il en avoir les moyens. Aujourd’hui, la couverture médiatique des MTN reste limitée. Beaucoup de journalistes manquent d’accès à des informations fiables et d’outils pour aborder les dimensions scientifiques, politiques et sociales de ces maladies.
C’est précisément l’objectif de ce forum : renforcer les compétences des journalistes, leur donner les clés pour produire un contenu de qualité qui informe, influence et incite à l’action.
L’un des enjeux majeurs du forum prévu sur deux jours est de démontrer le retour sur investissement des programmes de lutte contre les MTN. Car pour les organisateurs, éliminer ces maladies, ce n’est pas seulement sauver des vies. C’est aussi permettre aux enfants d’aller à l’école sans manquer des semaines de cours. C’est permettre aux adultes de travailler et de nourrir leurs familles. C’est réduire la pauvreté et stimuler le développement économique.
« L’élimination des MTN est un levier fondamental de développement, étroitement lié à l’accès à l’eau potable, à l’assainissement, à l’éducation et à la justice sociale », a rappelé le Dr Jean Kouamé Konan, représentant par intérim du bureau pays de l’OMS au Bénin lors de la cérémonie d’ouverture de la rencontre.
Les journalistes ont la responsabilité de raconter cette histoire. De montrer que chaque franc investi dans la lutte contre les MTN rapporte bien plus en termes de productivité, d’éducation et de cohésion sociale.
Le forum de Cotonou, organisé en partenariat avec Speak Up Africa, marque un tournant. Pour la première fois, un événement continental est entièrement consacré au repositionnement des MTN comme priorité de santé publique grâce au pouvoir des médias.

« Les médias doivent en être les moteurs, pas seulement les témoins », insiste la coordinatrice de REMAPSEN Côte d’Ivoire.
À travers ce forum, le réseau entend amplifier les voix africaines, transformer les récits et donner aux médias les moyens de placer les MTN au rang des priorités nationales.
Créé en 2020, REMAPSEN compte plus de 700 journalistes spécialisés en santé et environnement à travers l’Afrique de l’Ouest, Centrale, de l’Est et Australe.
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